J’ai toujours eu de l’admiration pour les personnes qui savaient déjà, enfants, exactement ce qu’elles voulaient faire plus tard. Et j’ai toujours envié (oui je sais, l’envie c’est mal) ceux qui rêvaient de travailler dans un univers scientifique : médecins, astronomes, vétérinaires, développeurs informatiques… et j’en passe.
Je me suis toujours dit que ma vie serait beaucoup plus simple si j’avais fait partie de cette catégorie de personnes. Parce que quand elles expliquent ce qu’elles font, elles ont juste besoin d’utiliser un seul mot ; ça parle à tout le monde et ça suffit à provoquer de l’admiration. Parce que leurs parents savent exactement ce qu’elles font. Parce qu’elles savent exactement quoi faire pour parvenir à leurs rêves (le parcours est difficile car il nécessite du travail, mais il est reconnu et balisé).
Mais au lieu de ça… moi, je me suis réveillée un bon matin avec des tonnes de pièces de puzzle éparpillées sur le sol (et tous ceux qui me connaissent savent qu’il me manque le gène puzzloïde). Des rêves, j’en avais des tonnes, mais rien n’était vraiment très clair. Pire, tout semblait un peu incohérent et dispersé. J’avais des pièces : d’écriture, de dessin, de théâtre, de poésie, d’échange, de communication, d’ambition, d’aide au dépassement de soi, de chant, de compréhension du fonctionnement humain, et j’en passe.
Je me suis dit : c’est pas grave, je vais grandir et les pièces vont s’assembler naturellement. Oui, mais non. Parce qu’à toutes ces envies sont venues se mêler d’autres choses beaucoup plus vicieuses et complexes :
- des notions d’argent : écrivain, c’est incroyable mais on n’en vit pas ;
- des problématiques d’ennui : un seul métier c’est cool, mais moi j’aime faire plein de choses…
- des questions de sens : comment se lever le matin tout en sachant qu’on ne contribue pas à faire avancer le monde ?
Avec le temps et les différentes expériences (plus de 15 ans), j’ai fini par comprendre qui j’étais et ce que je voulais faire. Mais ça ne tient toujours pas en un seul mot. Et parfois, j’ai l’impression qu’il faudrait autant de temps que moi aux autres pour comprendre aussi qui je suis et ce que je propose. Alors aujourd’hui, quand je me retrouve à devoir expliquer ce que je fais, soit je suis obligée d’enchaîner une dizaine de phrases pour réussir à me faire comprendre un minimum, soit je choisis de laisser croire à chacun ce qu’il veut, de laisser chaque personne se raccrocher au mot qui lui a le plus parlé. Tant pis, la personne ne saura pas ce que je fais.
Parfois, je m’amuse à essayer différentes présentations pour tenter de trouver la formule magique qui permettrait de provoquer ce même déclic qu’un simple mot tel que « médecin ». Mais très souvent, je me retrouve à répondre à tout un interrogatoire pour prouver que je ne suis pas totalement barrée ou perdue. « D’accord, mais tu fais quoi concrètement ? Mais qui veut vraiment acheter ça ? Mais tu t’en sors ? Mais tu les trouves où, tes clients ? Mais tu as un boulot complémentaire ? »
Ah… c’est sûr que si j’avais été médecin, je n’aurais sans doute pas à répondre à ces questions.
Non, y’a pas à dire… si j’avais rêvé d’être une grande scientifique et que je l’étais devenue, je n’aurais pas eu à lire dans le regard des gens de l’incompréhension ou encore de la pitié. Parce que le monde d’aujourd’hui a plus de facilité à comprendre et valoriser ce qui touche le cerveau. Le cerveau parle au cerveau. Mais tout ce qui vient irradier le cœur a un peu plus de mal à passer, car la lecture ne se fait pas avec la tête.
Maman, papa, je ne regrette pas d’avoir un si joli rêve, car je me lève chaque matin avec la mission d’aider ce monde à s’ouvrir un peu plus, à faire revenir le cœur, à oser vibrer différemment.

