Il arrive que je sois au fond du trou, que le moindre geste demande un effort surhumain et que la plus petite réflexion anodine me donne des sueurs froides. Tout ça à cause de toi, ce sommeil qui refuse de me rendre visite ou qui ne m’accorde jamais de moment de qualité.
Le pire, c’est quand mon entourage me lance ce fameux : « Si t’es fatiguée, dors ! ». Comme si je n’y avais pas pensé… Le souci, c’est qu’il ne suffit pas de se dire que demain ira mieux pour que la magie opère. Toi, mon sommeil, tu es capricieux. Même avec la plus belle des invitations, tu sembles toujours avoir mieux à faire ailleurs, et il suffit d’une pensée de travers pour que tu te vexes et que tu fasses demi-tour.
Pourtant, chaque soir, je t’attends pleine d’espoir. Je prépare ton arrivée avec un lit douillet, une tisane et ta musique préférée, mais tu ne viens pas. Ou alors tu arrives si tard que je finis par compter les minutes, la colère grimpant jusqu’à ne plus vouloir de toi tellement je suis énervée. On dirait que tu aimes te faire désirer.
Et puis, parfois, tu arrives tôt comme par miracle. Je suis tellement heureuse que tu aies enfin trouvé du temps pour moi… mais tu repars trop vite, avant même qu’on ait atteint la meilleure partie du rêve. Tu t’en vas au moindre bruit, à la moindre lueur, ou dès que mon ennemie jurée, la petite roue qui tourne dans ma tête, se remet en marche.
Pendant des années, j’ai été dépendante de tes sautes d’humeur, mais j’ai fini par faire la paix avec toi. J’ai appris à te parler et à comprendre tes règles : ne pas forcer, ne pas trop penser, et accepter que tu viennes quand tu en as envie. Notre relation n’est pas parfaite, mais elle est enfin apaisée.
Le sommeil est crucial pour ne pas devenir l’ombre de soi-même, mais pour qu’il revienne, il faut d’abord apprendre à ne plus lutter contre lui.

