Cela fait de nombreux mois que j’apprends à vivre différemment. Pendant de longues années, et ce dès mon enfance, j’ai pris l’habitude de satisfaire mon cerveau : trouver des réponses, chercher des solutions, mettre en place des processus, étudier la meilleure option. Ce dont je n’avais pas vraiment pris conscience, c’est que cela se faisait souvent au détriment de mes sentiments les plus profonds, de ma nature, de mon cœur. Je ne dis pas que tous les choix que j’ai faits étaient mauvais, ni que la vie que j’ai obtenue est un désastre… non, c’est beaucoup plus subtil et vicieux que ça, et c’est ce qui rend les choses encore plus difficiles.
Un jour, quelque chose s’est brisé au fond de moi et, sans que je ne m’en aperçoive, j’ai choisi de faire carburer mon cerveau à fond et de mettre de côté mon cœur, et avec lui, toutes mes passions et tous mes rêves. Je me suis persuadée que tout ce que je pourrais entreprendre ne fonctionnerait pas, et alors toutes mes activités de loisir sont devenues des ennemies : le dessin, l’écriture, le chant… et toutes mes curiosités, comme apprendre à jouer du piano ou à coudre. Absolument tout cela est parti au fond d’un placard. « À quoi bon essayer ? Je ne sais pas faire, je ne saurai jamais bien faire, et puis j’ai d’autres choses à faire. » C’était plus « simple » d’abandonner plutôt que de me planter.
Alors, je me suis centrée sur ce que je savais faire : organiser, planifier, anticiper. Et absolument tous les gens qui me connaissent tiennent le même discours à mon propos : je suis organisée, je suis rigoureuse, je suis une machine de guerre. Mais en ce qui concerne l’imprévu et la détente, les choses sont difficiles pour moi. Si mon cerveau se posait et cessait de tourner, il se sentait seul, inutile. Il culpabilisait. Alors, je ne restais jamais longtemps dans l’évasion. J’en ai laissé passer, des moments de bonheur, de détente… J’ai oublié ce qu’était réellement le plaisir : le fait de savourer les rires, les larmes de joie, les moments de partage, les moments de répit, les expérimentations…
Au fil des ans, une partie de moi a fini par se sentir délaissée, abandonnée. Comme si je savais que quelque chose de plus grand m’attendait quelque part, sans parvenir à trouver l’information dans ma tête. J’en ai passé, des soirées sous la couette à pleurer, le casque vissé sur la tête, à essayer de comprendre comment faire pour mériter d’être bien, d’être plus légère, joyeuse. Alors que la réponse était là… sous mes yeux… ou plutôt dans ma poitrine.
Il n’y a rien à mériter, il y a tout à accepter. Accepter d’être qui on est, avec ses forces mais aussi ses faiblesses. Accepter de prendre le temps d’accueillir le plaisir, de le ressentir. Accepter de se tromper, de ne pas être parfait. Le plaisir ne parle pas au cerveau, il parle au cœur, il parle au corps. La réussite, elle, parle au cerveau. L’important est de laisser une place à chacun d’eux, afin que chacun ait la possibilité de remplir son propre rôle.


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