Déni je t’ai trop nié

J’en suis persuadée, je ne suis pas la seule à avoir vécu des choses difficiles dans ma vie. Et je suis loin d’être la seule également à minimiser ce qui s’est passé. Apparemment, on appelle ça le déni, le fait de ne pas (vouloir) voir la vérité en face parce qu’elle est trop dure à accepter.

Je m’en croyais protégée. Je me pensais au-dessus de tout ça. Pourquoi ? Parce que j’étais tellement dans le contrôle que je me disais qu’un tel truc ne pouvait pas m’arriver. Et puis, moi j’étais forte. J’étais résiliente (c’est une super qualité, c’est beaucoup mieux de dire ça plutôt que j’ai en quelque sorte fait l’autruche).

Je me souviens de ce fameux jour où j’ai réussi à mettre des mots sur ce qui s’était passé. C’était comme irréel. L’impression que ce n’était pas ma vie. Cela faisait des années que je racontais les scènes de violence que j’avais vécues, les mots et gestes déplacés, les humiliations… avec un détachement déconcertant. Pour moi, ce n’étaient que des faits dénués d’émotion. Pourtant, si j’avais écouté ne serait-ce qu’un tout petit peu mes ressentis et mon corps, j’aurais compris. Je ne compte pas les nuits où j’ai passé des heures à trembler (convulser serait même plus juste) tellement l’angoisse avait pris possession de mes muscles. Je ne peux pas non plus me souvenir du nombre de fois où j’ai eu l’impression que mes entrailles se coupaient en deux à la simple évocation d’un prénom tellement c’est arrivé si souvent. Mais ce fameux jour, j’ai réussi à comprendre ce que j’avais traversé. C’est devenu aussi limpide… qu’effrayant… et une part de moi continuait à ne pas vouloir l’accepter. Pas parce que j’en avais honte, mais plutôt parce que j’avais la sensation d’en rajouter, de mentir, de faire mon « intéressante ». « Occupez-vous de moi, plaignez-moi, j’ai souffert » et ça, je n’en voulais pas ! J’étais forte, je n’avais pas besoin de pitié et je ne voulais faire de tort à personne. Pas même aux personnes qui m’avaient coupée en deux. 

Alors j’ai continué à avancer tête baissée, mais on ne peut pas nier le déni éternellement. Et toutes les stratégies que j’avais mises en place malgré moi avaient érigé de grands murs autour de mon cœur. J’étais là, capable de vivre ma vie, d’aimer les autres mais en même temps tellement loin de moi. C’est comme si une partie de moi avait été enfouie et cachée de tous pour ne plus souffrir.

Le truc, c’est qu’il manquait toujours quelque chose. Le truc, c’est que ma vie était toujours un peu bancale. Le truc, c’est que je me sentais frustrée.

Je n’ai pas encore tout réglé, mais j’ai arrêté de nier que j’étais dans le déni et petit à petit j’ai réussi à entrevoir la vie différemment. J’ai pu quelque part tendre la main vers ma partie blessée, délaissée et lui montrer mon soutien.  

Ne niez pas les douleurs que vous ressentez, ne dédramatisez pas une situation qui vous a blessé. Personne ne peut juger et n’a le droit de donner son avis sur vos ressentis. Ce sont les messagers de votre cœur et ils savent toujours ce qu’il s’y cache.